Saint-Valentin : derrière une rose, une chaîne logistique et chimique rarement “romantique”

Chaque année, la Saint-Valentin déclenche un pic d’achats de fleurs en France.

La rose rouge s’impose comme un symbole universel, perçu comme simple, beau et “évident”. Pourtant, derrière ce geste se cache une réalité beaucoup plus complexe : une chaîne d’approvisionnement mondialisée, une logistique du froid exigeante, des emballages, et des pratiques agricoles qui interrogent.

Feuille de route Conseils

Chez Feuille de Route Conseils, nous travaillons au quotidien sur l’organisation des flux et les impacts du transport et du dernier kilomètre. Le marché des fleurs coupées illustre parfaitement un enjeu que l’on retrouve dans de nombreuses filières : les externalités environnementales et sociales restent invisibles tant qu’on ne regarde pas la chaîne logistique dans son ensemble avec une vision systémique.

Cet article propose un éclairage factuel, accessible, et actionnable : d’où viennent réellement les roses de février, pourquoi elles transitent par les Pays-Bas, quels impacts climatiques et sanitaires sont documentés, et quelles alternatives permettent de conserver l’intention du cadeau tout en réduisant son empreinte.

D’où viennent les roses vendues en France ?

Le premier point clé est la part très minoritaire de production nationale. En France, environ 3% des roses vendues sont produites sur le territoire ; la grande majorité est importée.

Dans les points de vente, l’étiquette indique souvent une origine “Pays-Bas”. Cela peut donner l’impression qu’il s’agit de roses néerlandaises. Or, en février, ce raccourci est trompeur : les Pays-Bas jouent fréquemment un rôle de plateforme commerciale et logistique plutôt que de zone principale de culture des roses.

Les roses sont majoritairement cultivées dans des zones où le climat est favorable et où la production peut être intensive toute l’année, notamment :

  • Afrique de l’Est : Kenya, Éthiopie, Tanzanie, etc.
  • Amérique latine : Équateur, Colombie, etc.

Dans un grand nombre de cas, les roses sont ensuite expédiées vers l’Europe, puis regroupées et redistribuées via des hubs néerlandais.

Pourquoi les Pays-Bas sont un passage incontournable ?

Les Pays-Bas sont l’un des centres historiques du commerce de fleurs en Europe. Leur force repose sur un écosystème complet : enchères, grossistes, préparation, packaging, contrôle qualité, services logistiques et accès aérien et routier à l’ensemble du continent.

Un nom revient souvent : Aalsmeer, près d’Amsterdam, où se concentre une partie structurante des flux de fleurs. L’écosystème logistique s’appuie aussi sur la proximité de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, qui est un point d’entrée majeur pour les importations de fleurs, notamment depuis l’Afrique et l’Amérique latine. Schiphol met d’ailleurs en avant l’importance de ce flux “fleurs” dans ses activités cargo.

Cette organisation optimise la disponibilité et la vitesse : les fleurs sont des produits fragiles, dont la valeur commerciale dépend de la fraîcheur. Mais elle a une conséquence directe : elle multiplie les étapes logistiques (transport aérien + plateforme + reconditionnement + transport routier + distribution), et donc les impacts.

Le “détour” logistique a un coût : un bilan carbone documenté

Quand on parle d’empreinte carbone, la logistique et l’énergie sont déterminantes : transport aérien, chaîne du froid, infrastructures, emballages, distribution.
Ce n’est pas un détail : c’est souvent le cœur de l’impact.

Une enquête de référence, menée par UFC-Que Choisir, fournit un ordre de grandeur très parlant :

  • Bouquet de 15 fleurs françaises : 1,7 kg CO₂e

  • Bouquet comparable de 15 fleurs importées : 36 kg CO₂e
    Soit environ 21 fois plus pour l’option importée

Même si les résultats varient selon les itinéraires exacts (pays de culture, mode de transport, durée du froid, type d’emballage, etc.), cette comparaison met en évidence un point central : les fleurs importées hors saison, transportées rapidement (souvent par avion) et maintenues au froid, peuvent avoir une empreinte carbone très élevée.

Pour une filière qui repose sur un achat émotionnel, cette réalité est rarement visible. Et pourtant, c’est précisément ce qui rend l’enjeu important : le consommateur achète un symbole, mais finance une chaîne industrielle.

Pesticides : des résidus sur les fleurs et un angle mort réglementaire

Le sujet ne se limite pas au climat. La question des pesticides sur les fleurs coupées est un enjeu sanitaire et social, et elle concerne l’ensemble de la chaîne : production, manutention, préparation, vente, usage domestique.

UFC-Que Choisir* alerte sur une contamination généralisée des fleurs coupées testées, avec présence de résidus dans 100% des bouquets analysés. L’association souligne également un point crucial : il n’existe pas de limites maximales de résidus (LMR) harmonisées pour les fleurs coupées, contrairement aux produits alimentaires.

Cela signifie qu’un produit non destiné à être mangé peut néanmoins être manipulé intensivement, sans cadre de protection équivalent à celui de l’alimentation, alors même que les expositions peuvent concerner des professionnels (notamment les fleuristes) au quotidien.

Dans l’espace public, ce sujet a aussi été ravivé par des récits humains et médiatiques, dont le cas d’Emmy, jeune fille décédée d’un cancer, qui a entraîné une mobilisation autour des risques liés aux pesticides dans la filière des fleurs.

Chez Feuille de Route Conseils, nous considérons ce point comme essentiel : les impacts d’une filière ne se mesurent pas uniquement en CO₂. Les conditions de production et d’exposition doivent faire partie de l’analyse, en particulier lorsqu’il s’agit de biens “cadeaux” réputés inoffensifs.

La Saint-Valentin : un “pic logistique” qui rend les impacts plus visibles

Le 14 février agit comme un accélérateur : volumes élevés, délais courts, exigences de fraîcheur maximales. Ces caractéristiques tendent à favoriser :

  • des modes rapides (dont l’aérien sur certaines routes),

  • une chaîne du froid renforcée,

  • un sur-emballage pour protéger la fleur pendant le transport,

  • des tensions sur l’organisation (préparation, tri, distribution).

Autrement dit : la Saint-Valentin est un exemple parfait de ce que nous observons dans d’autres filières saisonnières. La demande concentrée sur une courte fenêtre temporelle pousse la supply chain à maximiser la vitesse et la disponibilité. Et ce choix opérationnel se traduit souvent par un impact environnemental plus élevé.

Quelles alternatives pour garder l’intention… en réduisant l’empreinte ?

L’objectif n’est pas de culpabiliser un geste d’affection. L’enjeu est de rendre possible un choix informé.

Voici trois leviers accessibles, qui permettent de conserver le sens du cadeau en limitant les impacts :

  • Choisir des fleurs françaises et de saison
    Les fleurs locales et de saison réduisent fortement les besoins en transport long courrier et en chaîne du froid. Elles favorisent aussi un tissu de production plus proche, plus transparent et plus traçable. Sur l’empreinte carbone, l’écart documenté par UFC-Que Choisir est particulièrement significatif.
    plus d'infos sur le Collectif de la Fleur française
  • Offrir des bulbes à planter ou une plante en pot
    Ce choix transforme le cadeau : on passe de l’éphémère au durable. L’impact peut être réduit, et le geste s’inscrit dans le temps (croissance, entretien, floraison future). C’est aussi une manière de diminuer la fréquence d’achat de fleurs coupées.
  • Offrir du temps : une expérience, un moment, une attention
    Dans une logique de sobriété, c’est parfois l’option la plus cohérente : un repas, une activité, une lettre, un moment partagé. Le cadeau redevient relationnel plutôt que matériel.

Pourquoi ce sujet nous concerne : rendre visibles les chaînes, puis agir

Le cas des roses illustre une réalité plus large : dès qu’un produit est disponible partout, tout le temps, à prix accessible, il repose généralement sur une chaîne logistique complexe. Cette chaîne peut être performante économiquement, mais elle génère parfois des impacts élevés : émissions, pollution, déchets d’emballages, exposition à des substances chimiques, pression sur les conditions de travail.

C’est précisément le champ d’action de Feuille de Route Conseils.

Nous accompagnons entreprises et collectivités à :

  • Diagnostiquer une chaîne logistique (flux, coûts, irritants, empreinte carbone)

  • Identifier des leviers de réduction CO₂ réalistes (choix de modes, mutualisation, organisation, optimisation du dernier kilomètre)

  • Construire des plans d’action opérationnels avec les parties prenantes (collectivités, entreprises, commerçants, logisticiens)

Notre approche : faire émerger des solutions utiles, soutenables, et déployables. Parce que la transition ne se fera pas à coups d’injonctions, mais par une meilleure compréhension des systèmes… puis par des décisions concrètes.

La question simple qui change tout...

La prochaine fois qu’un bouquet s’impose comme “le cadeau évident”, une question suffit souvent à changer la perspective :

“Il vient d’où ?”

Cette question ouvre la porte aux vrais sujets : transport, saisonnalité, froid, emballages, pratiques agricoles, conditions sociales. Et elle permet de faire évoluer la demande, progressivement, vers une offre plus cohérente.

Chez Feuille de Route Conseils, nous sommes convaincus qu’un achat peut être beau… et responsable. Encore faut-il avoir accès aux informations, et comprendre la chaîne de valeur derrière le produit.

Et vous :
regardez-vous la provenance quand vous achetez des fleurs ?
Saviez-vous que l’impact carbone et les résidus de pesticides pouvaient être à ce niveau sur certains bouquets importés ?

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