SITL 2026 : Pourquoi l’innovation frugale et la supply chain circulaire redessinent la logistique de demain
Du 31 mars au 2 avril 2026 avait lieu le Salon International du Transport et de la Logistique (SITL) au Parc des Expositions de Villepinte. Karine Weber y a animé deux tables rondes consacrées à des sujets devenus incontournables pour les acteurs de la supply chain : la supply chain circulaire et l’innovation frugale.
Ces deux prises de parole, construites autour d’intervenants spécialistes de leur secteur, ont permis d’éclairer les mutations profondes à l’œuvre dans les chaînes logistiques.
Deux tables rondes, un même fil rouge : repenser la supply chain
La première table ronde, intitulée « De l’économie linéaire à la supply chain circulaire », posait une question de fond : comment transformer une chaîne logistique historiquement pensée pour des flux linéaires en une logistique plus circulaire, plus résiliente et plus créatrice de valeur.
Le cadrage proposé rappelait que le modèle classique (extraire, produire, stocker, transporter, consommer, jeter) atteint aujourd’hui ses limites, sous l’effet de la raréfaction des ressources, des tensions géopolitiques, de la volatilité énergétique, des exigences réglementaires et des nouvelles attentes des consommateurs.
La seconde table ronde, « L’innovation frugale peut-elle réinventer la supply chain ? », prolongeait cette réflexion avec un autre angle : face aux contraintes économiques, environnementales et énergétiques, faut-il continuer à chercher la performance dans l’accumulation de technologie, de vitesse et de complexité, ou au contraire dans des solutions plus simples, plus sobres, plus robustes et plus utiles.
Le fil rouge était clair : l’innovation frugale n’est pas une régression, mais une approche stratégique qui vise à faire mieux avec moins.
En rapprochant ces deux sujets, cela a fait apparaître une cohérence forte : la supply chain de demain sera à la fois plus circulaire dans ses flux et plus frugale dans ses modes d’innovation.
La supply chain circulaire : une transformation structurelle, pas un simple ajustement
Au cours de la table ronde dédiée à la circularité, les échanges ont montré que la supply chain circulaire ne peut pas être réduite à la seule gestion des retours.
Il s’agit d’un changement de logique beaucoup plus profond. Comme l’ont rappelé les intervenants, la chaîne logistique ne se contente plus de produire et d’acheminer : elle doit désormais récupérer, trier, qualifier, réparer, reconditionner, réintégrer et revaloriser.
Cela implique de nouveaux flux, de nouveaux outils, de nouveaux KPI, mais aussi une autre manière de penser la performance.
Les réponses de Sidonie Boissée (ADEME/France Supply Chain), Kristina Boulain (Wavestone) et Lionel Benezech (Orange) ont donné un contenu très concret à cette transformation.
Sidonie Boissée a insisté sur le fait que la circularité devient incontournable à mesure que s’intensifient les tensions sur les ressources et les approvisionnements.
Kristina Boulain a rappelé que le changement de fond concerne surtout le pilotage : dans une supply chain circulaire, on ne pilote plus seulement des flux stables et standardisés, mais des boucles, de l’incertitude et des produits à état variable.
Lionel Benezech a, de son côté, apporté un retour d’expérience particulièrement parlant à partir du modèle mis en place chez Orange.
L’exemple d’Orange illustre parfaitement ce que signifie passer du concept à l’exécution. L’entreprise a structuré un modèle industriel autour d’un hub “4R” (récupérer, trier, reconditionner, recycler) appliqué notamment aux box et décodeurs.
Sur 8 millions d’équipements gérés chaque année, 4 millions sont reconditionnés, grâce à une organisation précise de la collecte, du tri, du traitement et de la réintégration en stock. Ce type d’exemple montre que la circularité n’est plus un horizon théorique : c’est déjà un chantier opérationnel à grande échelle.
L’innovation frugale : faire mieux avec moins dans la supply chain
La deuxième table ronde a mis en lumière un autre levier de transformation : l’innovation frugale. Dès l’ouverture, les intervenants ont donné une définition convergente de cette approche.
Pour Sidonie Boissée (ADEME/France Supply Chain), une innovation frugale est une innovation qui ne demande pas plus de ressources que celles auxquelles nous avons accès.
Pour Charles Levillain (Les Boites à vélo France, Fleximodal), elle consiste à optimiser les ressources existantes, éviter les couches supplémentaires et rechercher la cohérence.
Pour Victor-Emmanuel Vieilly (SPI Group), elle passe par une capacité à faire avec des moyens limités, tout en valorisant la créativité interne.
L’un des apports majeurs de cette table ronde a été de montrer que la frugalité n’est pas synonyme de privation, mais de pertinence. Elle peut produire des gains économiques, opérationnels et environnementaux, à condition d’être pensée à partir des usages réels et non de la fascination pour la sophistication technologique.
Ce point a été particulièrement bien illustré par Charles Levillain à travers l’exemple de la cyclologistique. Il a montré que le vélo-cargo constitue, pour certains usages de la logistique urbaine, une solution particulièrement frugale et performante : consommation réduite, moindre intensité énergétique et matérielle à la fabrication, capacité à répondre à certains besoins aussi efficacement qu’un véhicule utilitaire léger, tout en limitant l’emprise foncière et l’impact sur la voirie.
De son côté, Victor-Emmanuel Vieilly a illustré l’innovation frugale dans un environnement industriel et automatisé, avec des exemples très concrets chez SPI Group : une application smartphone facilitant l’onboarding des intérimaires et réduisant les “no show”, ou encore un chatbot d’aide à la maintenance permettant d’accélérer la prise en main des équipements et de limiter les arrêts de chaîne. Ici, la frugalité ne signifie pas absence de technologie, mais usage ciblé, simple et utile de la technologie.
Sidonie Boissée a élargi la réflexion en rappelant que l’innovation frugale peut aussi prendre la forme de nouveaux modèles d’usage : location, partage, ralentissement choisi, mutualisation d’actifs sous-utilisés, coopération territoriale. Les exemples évoqués (objets du quotidien loués pour de courtes durées, nouvelles pratiques d’accès plutôt que de possession, optimisation de mètres carrés sous-utilisés ou de véhicules revenant à vide) montrent que la frugalité est aussi un levier de création de valeur collective.
Ce que ces deux conférences disent de la logistique de demain
Au-delà de leurs différences, ces deux tables rondes convergent sur plusieurs points essentiels.
D’abord, elles montrent que les transformations de la supply chain ne sont plus uniquement technologiques. Elles touchent à la structure même des modèles, à la façon de piloter les flux, à la mesure de la performance, à la coopération entre acteurs et aux arbitrages économiques. La circularité comme la frugalité invitent à sortir d’une logique de “toujours plus” pour aller vers des chaînes logistiques plus sélectives, plus intelligentes et plus robustes.
Ensuite, elles rappellent que les freins sont souvent moins techniques que culturels. Les intervenants ont souligné le poids des habitudes, du court-termisme, de la peur du ralentissement, des modèles économiques existants et du manque d’anticipation. Autrement dit, la transition de la supply chain ne dépend pas seulement d’outils ou d’infrastructures, mais aussi d’une capacité à faire évoluer les représentations et les pratiques managériales.
Enfin, elles montrent que des solutions existent déjà.
Les exemples d’Orange, de Michelin, de Décathlon, de Renault Flins, de la cyclologistique ou des innovations internes chez SPI Group démontrent qu’il est possible d’agir dès maintenant.
L’enjeu n’est donc plus seulement d’inventer, mais de structurer, tester, déployer et changer d’échelle.
En résumé...
Les 2 tables rondes animées par Karine Weber au SITL 2026 ont mis en évidence une réalité de plus en plus claire : la supply chain de demain devra être plus circulaire, plus frugale et plus résiliente. Non pas par effet de mode, mais parce que les contraintes économiques, environnementales et géopolitiques rendent cette évolution nécessaire.
Elles ont aussi montré que les solutions sont déjà là, à condition de savoir les rendre visibles, crédibles et partageables.
Les replays...
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